Le 5 décembre 2008, le Lycée français Jean Monnet a célébré ses cent ans. Les manifestations ont été l’occasion de rendre hommage à tous ceux qui ont permis à cet établissement de passer en cent ans, d’une petite école près de la gare du Midi scolarisant 88 garçons à un lycée mixte de 2300 élèves sur un parc de plus de 4ha dans la commune d’Uccle.
L’Ecole française de Belgique a été fondée le 22 novembre 1907, c’était alors une émanation de la chambre de commerce française de Bruxelles. La fondation de l’école était placée sous le haut patronage de Monsieur le Comte d’Ormesson, Ministre de France à Bruxelles.
Le comité directeur de l’école était présidé par M. Charles Rolland qui était également le président de la chambre de commerce. Une plaque de bronze sur le mur lui rend hommage. Je précise que cette plaque a été réalisée par Charles SAMUEL célèbre sculpteur belge décédé en 1938.
L’école comprenait, à cette époque, l’enseignement primaire (on y enseignait 25 matières dont le flamand), la section moyenne ( l’équivalent du collège, au programme de l’anglais et de l’allemand, mais également de l’hygiène, de la calligraphie, de la comptabilité, du droit, et de la sténodactylographie). La section supérieure (nos classes de lycée) ne sera ouverte qu’en 1910 pour la section moderne et 1923 pour la section classique.
Le livret fondateur précisait qu’il s’agissait de préparer les élèves « à tous les examens, à toutes les écoles, et à toutes les fonctions de Belgique et de France.
Entre 1914 et 1918, les professeurs ayant été mobilisés, l’école ne put que fermer ses portes. Ses locaux accueillirent des blessés français. Ensuite, l’école fut réquisitionnée et occupée par les autorités allemandes qui avaient envahi le pays.
En 1918, l’école ouvra de nouveau avec quelques difficultés financières. En 1920, pour la visite du Maréchal Foch, l’école ne comptait que 200 élèves et présentait uniquement 2 élèves au baccalauréat.
En 1934, l’école s’émancipa institutionnellement de la chambre de commerce et devint une ASBL (association sans but lucratif) autonome de droit belge. C’est Paul CLAUDEL, ambassadeur de France qui signa l’acte de fondation de cette association. Les membres de cette ASBL étaient majoritairement des hommes (188 hommes pour 9 femmes), 60% avaient la nationalité belge et les fonctionnaires ne représentaient que 8% des membres.
L’objet de cette ASBL mérite d’être souligné :
« Dispenser un enseignement français et préparer aux différents certificats délivrés en France par l’Etat ». « Etant entendu que cette instruction comporte, en outre, l’enseignement de l’histoire et de la géographie de la Belgique et de sa colonie » Il s’agit aussi « d’inculquer tout particulièrement à ses élèves l’amour de la France et de la Belgique, le respect de leurs institutions, ainsi que celui des croyances de chacun » ;
En 1938, l’appellation « école française de Belgique » est remplacée par « Lycée français de Belgique ».
Entre le 10 mai 1940 et le 15 janvier 1945, le lycée est fermé pour cause de guerre et d’occupation de la Belgique par l’Allemand(e). Nombreux sont les enseignants et les anciens élèves qui ont perdu la vie, ont été prisonniers ou se sont illustrés comme résistants.
La salle de conférence du lycée porte le nom d’Emmanuel MOUNIER, professeur agrégé de philosophie qui a pris ses fonctions au lycée en 1936, qui a passé pendant cette guerre de nombreux mois en prison et en résidence forcée, en raison de l’attitude prise par la revue « Esprit » qu’il avait fondée. Il était par ailleurs à la tête d’un important service de renseignements français.
En 1945, le lycée ouvre de nouveau ses portes. Le 12 octobre 1945, le général De Gaulle visite le lycée.
La reprise fut difficile. Dix ans après, en 1955, le lycée ne comptait que 400 élèves.
Par contre à partir de cette date, le lycée bénéficia d’une expansion importante pour atteindre à la fin des années 50, près de 1000 élèves. Le lycée de la Gare du Midi ne permet plus de scolariser dans de bonnes conditions tous ces élèves.
L’Etat belge est disposé à vendre de gré à gré à l’ASBL un terrain d’une superficie d’un peu moins de 5 hectares, sur la commune d’Uccle. Le montant de la vente correspondait au prix du marché divisé par 5. L’Etat belge comptait en retour sur un effet d’entraînement que le lycée aurait sur la valorisation du quartier et de la commune. Je pense que le lycée y a contribué…
Au même moment, il est également prévu que l’ASBL se dissolve et remette, statutairement, ses avoirs à l’Ambassadeur, c'est-à-dire à l’Etat Français. C’est donc l’Education Nationale qui va entreprendre au nom de l’Etat, la construction du nouveau lycée qui sera pendant longtemps vu comme une sorte d’enclave de l’Académie de Lille en Belgique.
La cérémonie de la première pierre a eu lieu le 24 mars 1962, mais il faudra attendre septembre 1965 pour que les 1100 élèves soient transférés dans le nouveau lycée et novembre 1966 pour l’inauguration officielle présidée par Christian FOUCHET alors ministre de l’Education Nationale. La presse belge retient de son discours l’évocation de l’idée d’un Ministère européen de l’Education nationale dont ce lycée serait une sorte de préfiguration.
Pendant les années suivantes, le lycée continuera à se développer. En 1988, Le lycée français de Belgique est dédié à la mémoire de Jean Monnet. Le choix fut difficile et fit l’objet de débats houleux. Les noms évoqués furent entre autres : Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et Jacques Brel. Au lendemain de la célébration des 30 ans du traité de Rome, le choix se porta sur cet illustre artisan de la construction européenne qui aurait eu 100 ans en 1988. La plaque de commémoration de cet événement a été dévoilée par Monsieur Jean Bernard RAIMOND, Ministre des affaires étrangères en présence de Madame Michèle ALLIOT-MARIE alors secrétaire d’Etat à l’Education nationale. A cette occasion une visioconférence (première technologique) fut organisée avec la participation de Monsieur Jacques DELORS.
1988, est marqué aussi par les premières actions pédagogiques d’internationalisation de l’établissement avec la création de la section anglaise pour les élèves du secondaire bilingues ou quasi-bilingues.
De 1988 à nos jours, le lycée français Jean Monnet s’est donné comme axe prioritaire du projet d’établissement, le développement de l’apprentissage des langues et l’ouverture culturelle sur l’Europe et le Monde : apprentissage d’une 2ème langue vivante en 6ème en 1990, enseignement des langues par groupe de niveau dès 1991, en 2003 ouverture de l’OIB en seconde, en 2004 introduction des DNL en anglais, en 2005 ouverture des classes maternelles bilingues à parité horaire (français-anglais ou français allemand).
En 1990, le lycée devient un EGD c’est à dire un service déconcentré de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger nouvellement créée.
Le 19 mai 2005, le statut de l'AEFE est modifié pour lui donner de nouvelles prérogatives en matière de gestion domaniale des EGD. Ceci a permis de mettre en place une programmation immobilière de mises en sécurité, de rénovations et d’adaptations indispensables des locaux.
Un beau parcours en cent ans !!!!